"Mes chansons sont teintées de tristesse et de mélancolie. Mais je passe plus de temps à rire qu'à pleurer.»
De passage à Montreux, il a pris froid et boit de la verveine. Le teint pâle du métropolitain, le regard gris-bleu, il a le charme nonchalant d'un jeune homme doué et gâté. A première vue. Quand Raphaël baisse sa garde, il offre un sourire désarmant, et, parfois, un rire craquant.
Fort de trois Victoires de la musique, d'un NRJ Music Award en 2006 et d'un million 800 000 exemplaires de «Caravane» vendus, le chanteur, auteur et compositeur parisien de 32 ans, à la voix particulière, un rien fêlée et nasillarde, est de retour. Avec les onze chansons de «Je sais que la Terre est plate» (son 4e album studio), qu'il a écrites et composées pour la plupart, nourries de différents rythmes: balkaniques («Le vent de l'hiver»), chaloupés («Adieu Haïti»), bluesy («Quand c'est toi qui conduis»). Un album «raphaélien» à souhait, au climat clair-obscur qui sied à ce personnage cache-cache. Et à qui sa compagne, la comédienne Mélanie Thierry, va bientôt donner un enfant.
Il y a du voyage dans l'air de vos chansons. Partir, c'est vital?
Oui. Le voyage est une thérapie, une fuite, un émerveillement. Une manière de se reconstruire, d'échapper à l'asile dans lequel je vis.
L'asile dans lequel vous vivez... Un asile de fous?
C'est ça. La vie est un asile de fous... Etre entouré de dix millions d'habitants, c'est fou, c'est un truc électrique. Je trouve apaisant d'être ailleurs.
Après le succès phénoménal de «Caravane», avez-vous le trac?
Oui, pas mal. Je suis inquiet tout en ayant très envie de vivre une autre histoire. Après le succès de «Caravane», j'étais un peu hébété, j'ai connu des moments de flottement. Ça n'a pas été très facile de travailler sur ce nouvel album. J'avais besoin de retrouver une certaine excitation. C'est fait!
Vous apprenez à piloter. Voler, c'est jouer les Icare?
Non, à nouveau une thérapie. J'avais une peur phobique de l'avion. C'est aussi une manière de s'extraire de la foule. Monter, descendre... Les ailes de l'avion sont le prolongement de vous-même. Pour le moment, j'ai le droit de piloter seul mais pas d'embarquer des gens. C'est mieux pour eux!
Dans la chanson «Le petit train», vous dites: «Je me fous du temps qui passe, qui presse...». Dans «6e étage»: «Qu'as-tu fait de ton temps...» L''heure des questions existentielles?
Oui. Je ne sais pas à quoi c'est dû. Au succès précédent, à l'âge? Encore que je m'interroge depuis des années sur cette jeunesse qui vous brûle entre les doigts. En même temps, je ne lui voue pas un culte. Moi, ça fait longtemps que je suis passé à l'âge adulte. Je suis né vieux! J'ai été enfant dans une autre vie.
Vous serez papa en juin. Comment vous sentez-vous?
On va dire que ça joue! C'est un bouleversement. Mais je ne sais pas vraiment ce que je vais ressentir à sa venue. Ce n'est pas que je ne veux pas en parler, mais je ne sais pas quoi dire...
On vous imagine mélancolique, voire morose, ou encore boudeur...
Ni morose ni boudeur. Je n'ai jamais boudé de ma vie. Mes chansons sont teintées d'une tristesse qui n'est pas du tout en moi. Je passe plus de temps à rire qu'à pleurer, vous savez.
Vous avez collaboré avec Stephan Eicher sur son dernier album. Il est présent sur le vôtre avec la chanson «Concordia». Vous êtes amis?
J'adore son esprit. C'est un des mecs les plus drôles que je connaisse. Bon, son humour est assez cynique, mais j'apprécie. Il ne crée pas comme un chansonnier mais comme un peintre. Sa vie quotidienne d'ailleurs ressemble à une oeuvre d'art.
Et votre quotidien à vous?
Je bouffe des omelettes et je regarde des séries télé! Non, je rigole. Je ne regarde pas trop la télé. J'essaie de faire le plus de musique possible. Et j'apprends. Le mime, la boxe, le pilotage. J'ai l'impression d'être en apprentissage permanent.
Patricia Gnasso - 05/03/2008
Le Matin